Conte du berger

Publié le par Edjanès

Conte du berger

Le berger allait traire les brebis chaque matin. Toutefois dans son travail, il laissait trois jours de repos la semaine à son troupeau. Et les brebis étaient reconnaissantes et donnaient plus de lait encore.

Un jour le berger était descendu à la ville pour faire le marché. Comme il passait devant un temple, il remarqua des dizaines de moines et d’hommes pieux assoiffés qui n’avaient rien à boire. Il passait ensuite sur la place et vit que l’eau de la fontaine était polluée. Plus tard quand il rentrait chez lui, il voulut boire au puits, mais il se rendit compte que l’eau du puits était insalubre. Comme il pénétrait dans sa demeure, il regarda ses brebis. Celles-ci étaient contentes de le voir rentré, mais l’homme était pressé de se déchausser, et elles le virent s’éloigner en se frottant les mains…

Le lendemain, l’homme vint traire ses brebis et celles-ci étaient heureuses de lui donner leur lait. Le sur lendemain, l’homme vint traire ses brebis, et celles-ci étaient heureuses de lui donner leur lait. Le jour d’après, l’homme vint traire ses brebis, et celles-ci étaient heureuses de lui donner leur lait, heureuses mais fatiguées.

Et de toute la semaine, l’homme ne laissa aux brebis aucun jour de répit, venant et revenant les traire jour après jour. Le soir de la pleine lune, comme elles tenaient leur conseil, la plus vive des brebis dit qu’elle avait remarqué que l’homme quittait de plus en plus souvent le champ pour la ville, et les brebis commençaient à s’affoler. La deuxième semaine l’homme continuait son manège sept jours durant. A leur conseil, les brebis étaient exténuées. Ce fut encore la plus éveillée d’entre elles qui dit que quand l’homme descendait, il avait deux seaux de lait, mais quand il remontait, il n’avait plus de seaux mais des pièces d’or plein les mains. Tout d’un coup, les brebis voyaient se substituer à l’amour que le berger leur portait l’appas du gain de ces pièces jaunes. Et les brebis ne savaient plus quoi ressentir, entre l’incompréhension et la colère.
Le lendemain l’homme vint traire ses brebis, mais celles-ci ne donnaient plus de lait, comme asséchées par la stupeur qui les avait parcourues. Il attendit quelques jours, mais ses brebis ne donnaient toujours pas de lait. Il attendit quelques semaines, mais ses brebis ne donnaient toujours pas de lait. Au bout d’un mois, l’homme avait dépensé tout son pécule.

Il n’avait plus d’argent, et ses brebis ne donnaient toujours pas de lait. Il avait faim et il se dit « Quand les brebis ne donnent plus de lait, il n’y a plus besoin d’un berger pour les traire. » Alors l’homme décida de descendre en ville pour vendre ses brebis.

Il avait soif mais vit que l’eau du puit n’était toujours pas bonne. La malédiction qui semblait planer sur lui planait également sur cette maudite ville se dit-il. Il arrivait en ville avec ses brebis, mais celles-ci étaient épuisées. Sur la route, deux d’entre elles avaient déjà lâché. Il vendit ses brebis pour une bouchée de pain car celles-ci étaient très maigres et aussi parce qu’il avait très faim. Il allait ensuite acheter un bout de viande et une bouteille de lait. Le pauvre homme n’avait plus rien et il décidait de rentrer. Comme il remontait le chemin, il fut bousculé par des gens qui couraient. Il y avait un attroupement devant la fontaine. Les pauvres du village levaient les mains au ciel et criaient  « Béni soit le seigneur, l’eau de la miséricorde coule à nouveau !». Alors qu’il passait devant le puit il vit les femmes et les enfants avec des seaux. Et les femmes levaient les mains au ciel et criaient « Béni soit le seigneur, l’eau de la miséricorde coule à nouveau ! ». Enfin, en passant devant le temple, il vit les moines en prière et les hommes pieux rassasiés, et les hommes pieux levaient les mains au ciel et criaient : « Béni soit le seigneur, l’eau de la miséricorde coule à nouveau ! ». Quand il arriva chez lui, il était à bout de souffle. Son premier réflexe fut de chercher ses brebis, mais il n’y avait plus personne dans l’enclos vide. Il prit le morceau de viande qu’il avait acheté et se rendit compte que la viande n’était plus bonne. Il prit la bouteille de lait, et vit, que le lait avait tourné. L’homme prit ses deux mains et se mit à pleurer. Le soir, la lune était pleine et l’homme avait faim et soif. Il réclamait la pitié, mais il n’y a pas de miséricorde pour les mauvais bergers

Edjanès

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Aflelou 06/06/2007 22:42

Il est fou aflelou, il est fou

edjanÚs 10/02/2006 19:35

chère lady darkness, oui c'est bien une parabolle, celle du berger. Pourquoi cela te fait-il penser aux 35 heures? Nous ne vivons plus dans un monde d'absolu et de recherche assidue, nous voila bel et bien dans la société des 35 heures!!! Au plaisir...

Lady Darkness 26/12/2005 10:33

Cette belle histoire est -elle une parabole ou l'apologie des 35h ? ;)